Ciné-club : Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain
Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain...
... c’est s’accepter comme on est pour sortir enfin de sa coquille et aller à la rencontre de l’autre !
Film français de Jean-Pierre Jeunet (2001)
Genre : Comédie romantique, conte fantaisiste
Musique : Yann Tiersen
Avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Jamel Debbouze, Dominique Pinon, Isabelle Nanty, Rufus,
Artus de Penguern, Claude Perron, Serge Merlin, Claire Maurier
Durée : 2h
" Les temps sont durs pour les rêveurs."
" Vous n’avez pas des os en verre, vous pouvez vous cogner à la vie. Si vous laissez passer cette chance, avec le temps, c’est votre cœur qui va devenir aussi sec et cassant que mon squelette. Alors allez-y, nom d’un chien ! "
Amélie Poulain a grandi avec pour seul ami un poisson rouge suicidaire. Après la mort regrettable de sa mère, victime du suicide d’une touriste québécoise, son père s’est replié sur lui même et sa collection de nains de jardins. La petite Amélie a longtemps cru qu’elle était responsable de tous les malheurs du monde mais une fois adulte, elle réalise qu'il n'en est rien en découvrant par hasard dans son appartement une petite boite d’objets ayant appartenu à un petit garçon il y a des années. Amélie prend alors la décision de le retrouver pour lui rendre son trésor et comme cela fonctionne, elle décide de de ne plus vivre égoïstement comme son père mais de devenir l'ange gardien qui s’occupera de la vie des autres !
Cette jeune serveuse dans un bar de Montmartre reste pourtant très solitaire, elle passe son temps à observer les gens et à laisser son imagination divaguer. Le but de son existence est faire le bien de ceux qui l'entourent en inventant des stratagèmes pour intervenir bénéfiquement dans leurs vies en restant incognito. Dans cette quête du bonheur grâce au charme des petites choses de la vie quotidienne, le destin amène Amélie à faire la connaissance de Nino Quincampoix, un bien étrange "prince charmant"...
Le thème majeur du film est le plaisir de vivre et l'apprentissage de l'amour.
Cependant, ce conte n'est pas si léger qu'il n'y paraît , ce n'est pas vraiment un "feel good movie" car on peut considérer que ce « fabuleux » destin d’Amélie Poulain n’a finalement, hélas, rien de fabuleux !
En effet, si Amélie aspire à devenir adulte, elle souffre justement de ne pas pouvoir y parvenir et de n'exister que par procuration en rêvant d'autres vies que la sienne. A force d'avoir été trop couvée par ses parents comme un petit être fragile, voire carrément coupée du monde, il n’est vraiment pas simple pour elle de sortir de son "nid". Son père et sa mère, eux-mêmes, ne se sont pas vraiment permis de vivre car il y avait toujours une bonne excuse et à présent, Amélie suit le même chemin qu'eux à cause de cette enfance trop protégée qui n'a généré finalement que de l'anxiété...
Comme tous les personnages originaux du film qui ont tous une obsession dévorante ou sont la proie de névroses, Amélie Poulain est au fond une sociopathe peinant à s'insérer dans la vie sociale, elle fuit le réel en préférant vivre exclusivement dans l'imaginaire, ce qui est le seul moyen pour elle de l'aider à surmonter ses peurs et ses sentiments trop forts... Aujourd'hui on dirait qu'elle représente une figure de « manic pixie dream girl ».
Jean-Pierre Jeunet semble vouloir collectionner les personnages particuliers, dysfonctionnels, abîmés ou altérés par un mal qui les ronge de nature psychologique ou physique, et réunir ici tous ces originaux dans une sorte de cabinet de curiosités où chacun est prisonnier de son monde factice.
Ce film-culte est aussi une représentation originale et idéalisée de la vie contemporaine à Paris dans le quartier de Montmartre, un Paris nostalgique et intemporel filmé comme une "carte postale". Il est précurseur dans les attributs qu’il octroie à ses personnages féminin et masculin de l'histoire ; souvent jusque là, le schéma d’Amélie existait dans sa forme inverse : l’histoire d’un héros attachant mais maladivement timide, fasciné par le fantasme de jeune fille rêveuse disposée à accueillir sa séduction maladroite et à l’aimer inconditionnellement.
Il s'agit d'un des plus gros succès commerciaux mondiaux pour un film français. En 2002, il obtient quatre César, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.